Une vie entre respect des traditions et ultra-modernité

Scène de vie.

Scène de vie à Kepteni.

« Kepteni, c’est un peu une réserve de Yakoutes, comme les Indiens d’Amérique ! »

Une citation de Véra Mikhaïlovna, professeur d’anglais et responsable du Camp « Koustouk » (arc-en-ciel en yakoute), l’endroit où je suis restée durant une semaine.

Et elle avait raison : je suis la seule blonde du village. Quelques heures après mon arrivée, j’entre dans une petite échoppe où la vendeuse me dit : Ah, vous êtes la nouvelle professeur ! Bienvenue ! Un très bon accueil d’emblée ! Les personnes rencontrées dans la rue savent déjà qui je suis et ce que je fais ici. Certains, plus âgés, me regardent d’un air amusé, voire intrigué. Certains m’ont même dit qu’ils s’attendaient à voir quelqu’un de plus âgé. On me le demandera d’ailleurs plus tard : Vous êtes jeune, pourquoi venir ici, en Yakoutie ?!

Le plus drôle se passe dans la rue : toutes les voitures ralentissent à ma hauteur, les conducteurs et passagers me dévisagent, je lance un « Zdravstvouïtié » (bonjour) bien enjoué, tous me répondent, et certains tentent même un… « BONNEJOURRRR ! » Imaginez, vous êtes à 10 000 kilomètres de chez vous, en pleine Sibérie, et quelqu’un vous crie « Bonjour ! » de l’autre côté de la rue ! Avouez que la scène est assez mémorable !

Et des instants de vie comme ceux-ci ponctuent mon voyage à Kepteni. Des rencontres avec des aînés, des plus jeunes, des enfants… Les jeunes rêvent d’Europe ou de Corée du Sud, les plus âgés transmettent leur passion pour la campagne et leur respect pour les choses simples.

Ainsi, j’ai l’occasion de discuter quelques instants avec une dame âgée d’environ 70 ans. Nous regardons la télé en sakha et elle me fait une interprétation simultanée d’une manière remarquable, tout en commentant le propos par un témoignage de son vécu. « Nous, les Sakhas, aimons beaucoup regarder la télé dans notre langue. Il y a peu de temps que j’ai la télé, ça me rapproche de ma culture, ça me permet de ne pas oublier. » Ensuite viennent les habituelles questions « Pourquoi venir ici ? » et « Ca vous plaît, sincèrement ? » Et toujours les mêmes réponses, « une passion » et un « oui », et ce, malgré les conditions de vie dont certains ont honte devant les étrangers. Pourquoi avoir honte ? Pourquoi vouloir un mode de vie à l’européenne en pleine Sibérie ? Cela n’a aucun sens. N’ayez pas honte et continuez à être fiers, et surtout, n’oubliez pas vos racines.

Evidemment, les conditions peuvent sembler spartiates : pas d’eau courante, pas de toilettes au sens que nous l’entendons, mais qu’importe : les Yakoutes ont leur confort bien à eux et je peux vous assurer que l’on s’y sent bien !

Un soir, alors que je suis à l’internat avec les enfants. Une fillette de 10 ans, Macha, lave quelques vêtements à la main, dans une bassine. Vous connaissez beaucoup d’enfants de cet âge-là qui feraient leur lessive eux-mêmes, à la main qui plus est ? Ces enfants sont nés dans la débrouillardise. La simplicité avec laquelle ils vivent me fascine réellement. Un ami m’a dit : « Les pauvres, ils n’ont pas de console de jeux ! » Je pense qu’ils en ont, j’en suis même assez sûre, mais ils se divertissent principalement d’autres manières. D’après ce qu’ils m’ont dit, ils aiment se baigner dans un lac, jouer aux échecs, jouer aux cartes, faire des promenades à vélo, chanter et danser, jouer de la guimbarde, de la guitare ou encore de l’accordéon.

Une tendance curieuse m’a convaincue d’intituler cet article « Une vie entre traditions et ultra-modernité », il s’agit de l’utilisation du smartphone et autres nouvelles technologies. Le téléphone n’a fait son apparition que récemment dans le paysage de Kepteni, il y a environ deux ans. Aujourd’hui, la majorité des habitants que j’ai côtoyés – enfants compris – en possèdent un et l’utilisent à outrance ! Les deux géants des nouvelles technologies se livrent une bataille sans merci, et ce, entre bouleaux et étendues d’eau. Après avoir vu cette publicité pour la compagnie MegaFon à Yakoutsk, je comprends mieux pourquoi :

"Internet partout quand vous en avez besoin, 9 roubles par jour"

« Internet à chaque instant, 9 roubles par jour »

Selon le cours actuel de 42 roubles pour  1€, cela fait 21 cents pour 24 heures de surf. Il y a bien sûr des conditions, mais cela reste bon marché. Selon Katia, la cheftaine du camp, c’est le seul moyen d’avoir Internet à la campagne. Elle paie 300 roubles (7€) par mois pour un accès illimité. Ces tarifs leur permettent d’être connectés H24, de mettre à jour instantanément  leur profil « Vkontakte » (un genre de Facebook russe), de chatter sur Whatsapp, etc. Il est donc curieux d’observer toutes ces personnes faisant glisser leur doigts sur l’écran tactile de leur smartphone dernier cri dans un décor aussi typique que celui-là.

Il en va de même dans le Collège Sakha-belge. Les salles de classe sont équipées de « Smart boards », des tableaux tactiles avec rétroprojecteur. Il est donc possible de projeter une présentation, de diffuser les slides par simple pression sur l’écran et de rajouter des détails lors de la leçon, en écrivant sur le tableau tactile avec un marqueur spécial. Voilà qui est hautement pédagogique et agréable, et pour les élèves, et pour le professeur ! Je n’avais encore jamais vu de tels tableaux interactifs avant mon arrivée ici, mais peut-être que depuis, nos écoles secondaires s’en sont également dotées.

Il s'agit d'une classe ici à Yakoutsk, parce que je n'ai pas pensé à prendre de photo à Kepteni, mais c'est le même tableau interactif.

Il s’agit d’une classe ici à Yakoutsk, parce que je n’ai pas pensé à prendre de photo à Kepteni, mais c’est le même tableau interactif.

Et en parlant de Yakoutsk, dans le hall de l’école où je suis, nous disposons de ceci :

Un point Apple, avec accès à Internet et tout, classe !

Un point Apple, avec accès à Internet et tout !

Je parlerai des traditions yakoutes dans un prochain billet ! Je suis relativement occupée depuis mon arrivée ici, mais je ne vous oublie pas, Bernadette et Michel ! Merci beaucoup pour votre commentaire sur mon article précédent. Ca me fait réellement chaud au coeur ! Je trouverai une heure ce week-end pour vous répondre comme il se doit !

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2 réflexions sur “Une vie entre respect des traditions et ultra-modernité

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