Apprenons à compter en yakoute !

Lorsque l’on apprend une langue étrangère, ou du moins lorsque l’on rencontre des personnes s’exprimant dans une langue étrangère, la première chose que l’on apprend – outre les gros mots – ce sont les chiffres ! Le yakoute était une langue turque, il n’y a aucune ressemblance avec nos chiffres à nous, sauf le 7, pure coïncidence, sans doute !

C’est parti !

0   Hуул  (noul)

1   Биир  (biir)

2   Икки  (ik-ki)

3   Үс (ous)

4   Tүөрт (tueurt)

5   Биэс (biès)

6   Алта (alta)

7   Сэттэ (sèt-tè)

8   Аҕыс (arys)

9   Тоҕус (torous)

10   Уон (ouone)

Vous pensez avoir retenu ? Vérifions tout cela !
Combien fait …

 

ikki + ikki = ?

sèttè + bir = ?

ouone – biès = ?

torous – ous = ?

alta + arys = ? Ah, on ne l’a pas encore vu ! Inutile de vous accrocher, la suite est facile et logique !

11   Уон биир (ouone biir)
12   Уон икки (ouone ik-ki)
13   Уон үс (ouone ous)
14   Уон түөрт (ouone tueurt)
15   Уон биэс (ouone biès)
16   Уон алта (ouone alta)
17   Уон сэттэ (ouone sèt-tè)
18   Уон аҕыс (ouone arys)
19   Уон тоҕус (ouone torous)
20   Сүүрбэ (suurbè)

Même principe ensuite :

21   Сүүрбэ биир (suurbè biir)

Et les dizaines jusque 100 :

30   Отут (otout)
40   Түөрт уон (tueurt ouone)
50   Биэс уон (biès ouone)
60   Алта уон (alta ouone)
70   Сэттэ уон (sèt-tè ouone)
80   Аҕыс уон (arys ouone)
90   Тоҕус уон (torous ouone)
100   Сүүс (suus)

Un petit dernier en prime :    1000   Тыһыынча (tyhyyntcha)

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Le musée de la guimbarde

S’il est un musée unique au monde, c’est bien celui dont je vais vous parler : le musée de la guimbarde, ou bien le musée du khomous pour employer l’équivalent yakoute.

[Pour rappel : Qu’est-ce qu’une guimbarde ? Je vous en parlais ici.]

 

Fondé en 1990, le musée rassemble une collection de 5 465 pièces, dont 281 guimbardes de 36 pays différents.

Par cette chaude après-midi de juillet, je monte les escaliers en me demandant si je ne suis pas en train d’employer un escalier de service. Mais non, il s’agit bien de se rendre au troisième étage (deuxième pour nous Européens, on ne compte pas le rez-de-chaussée en Russie !)

Les motifs de la cage d'escalier ne sont pas sans rappeler des guimbardes !

Les motifs de la cage d’escalier ne sont pas sans rappeler des guimbardes !

Je pousse la porte du musée, et là, silence, lumière éteinte. Un jeune homme se dirige vers moi et me demande ce que je veux d’un air étonné (?!) : « Puis-je visiter le musée ? » Et lui de répondre : « Ah, euh, oui oui, sûrement, je vais appeler la responsable ! » Cette dernière arrive, le même air étonné : « Vous voulez réellement visiter le musée ? Aujourd’hui, il n’y a pas de visite guidée, ce n’est pas grave ? »  Je réponds que j’ai bien l’intention de le visiter bien entendu ! La responsable ordonne au jeune homme d’allumer la lumière et je commence ma visite.

[Je ne comprends toujours pas comme se fait-ce que le personnel ne s’attendait pas à croiser de visiteurs dans le musée !]

D’avance, je m’excuse pour la piètre qualité des clichés ; toutes les guimbardes sont protégées par des vitres !

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Début de la visite.

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Guimbardes décorées par un bas-relief (l’Ordre de Lénine au milieu).

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Certaines guimbardes sont réellement impressionnantes.

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Outre des khomous, le musée renferme également quelques instruments de musique traditionnels de différents pays.

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Guimbarde datant du XIXe siècle.

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Vous avez aimé ? Visitez le musée virtuel !

La guimbarde, au coeur de la culture yakoute

Aÿnna, le regard tourné vers l’horizon au son de cet instrument mystérieux.

Lors d’une leçon sur les loisirs, j’ai été agréablement surprise d’apprendre que les trois quarts de mes élèves jouaient de la guimbarde. Je pensais que les joueurs d’un tel instrument étaient en voie de disparition – que du contraire ! En effet, dès leur plus jeune âge, de nombreux enfants yakoutes apprennent à maîtriser le khomous (« guimbarde » en yakoute). On assiste à un retour à la culture yakoute très prononcée : la langue maternelle de ces enfants est le yakoute, et certains ne parlent que peu voire pas du tout le russe.

Quel est donc cet instrument mystérieux ?

La guimbarde est composée de deux éléments :

  1. une armature, d’une forme quelconque, qui comprend invariablement deux barres parallèles assez rapprochées ;
  2. une languette fine, haute de quelques millimètres, fixée à l’armature par l’une de ses extrémités, libre de l’autre côté et qui passe entre les deux barres.

Comment joue-t-on de la guimbarde ?

Un joueur de guimbarde place l’instrument devant la bouche d’une main, en la tenant par l’armature (à l’opposé des branches parallèles). Les guimbardes occidentales en métal sont posées fermement contre les dents entrouvertes (l’instrumentiste ne doit pas enserrer les branches parallèles avec les dents, ce qui bloquerait le passage de la lamelle). L’autre main permet d’actionner la languette (le plus souvent de l’extérieur vers l’intérieur).

Certains joueurs font vibrer la lamelle avec un doigt, d’autres avec plusieurs, d’autres avec leur main. L’action sur la languette détermine le rythme.

La languette vibre à une fréquence basse à peu près fixe. La bouche sert de cavité résonante. On modifie le son en changeant la position de la langue, des lèvres et des joues. Il est également possible de « chanter » tout en jouant.

(Source : Wikipédia)

À l’origine, à quoi servait la guimbarde ?

La guimbarde est capable d’unir tous les peuples de toute race et toute confession.

Dans les temps anciens, le khomous, cet instrument de musique unique en son genre, permettaient aux Yakoutes de communiquer. Ainsi, des femmes aigries se querellaient entre elles, des jeunes filles échangeaient quelques secrets, des jeunes hommes déclaraient leur flemme à leur dulcinée. Souvent, les jeunes hommes invitaient leur fiancée à sortir en jouant un air de guimbarde.

Aussi la guimbarde, outre le tambour, est un instrument rituel des chamans. Par ailleurs, les chamans yakoutes et mongols ont développé la « khomous-thérapie », une nouvelle forme de soin. En quoi cela consiste ? La guimbarde nécessite de maîtriser sa respiration, un peu comme le yoga. Ainsi, le joueur de guimbarde exerce sa respiration, ce qui est bénéfique pour son esprit.

(Source : pravda.ru)

Avez-vous déjà entendu le son d’une guimbarde ?

Je vous invite à écouter Vladimir Dormontov, ce jeune garçon de 11 ans, qui maîtrise la guimbarde de manière extraordinaire !

Et Youliana Krivochapkina, une jeune artiste yakoute très célèbre ici :

Ohouokhaï, la danse du soleil

Le week-end, de nombreuses personnes âgées se rassemblent pour danser l'ossouokhaï.

Le week-end, de nombreux Yakoutes se rassemblent pour danser l’ohouokhaï.

Pôle du froid (- 71,2 %), ressources naturelles d’une abondance rare, superficie de 3 103 200 km2, une nature luxuriante préservée… À de nombreuses reprise, la Yakoutie a démontré sa singularité. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est inscrite au Livre Guiness des records l’année dernière. Mais quel record a-t-elle enregistré ?

Le 23 juin 2012, année du 380e anniversaire de l’entrée de la Yakoutie dans la Russie, plus de 15 000 personnes (15 293 pour être exact !) se sont donné la main pour exécuter la danse du soleil, que les Yakoutes nomment Оһуохай (ohouokhaï, russisé en « ossouokhaï »). C’est la première fois qu’une ronde réunit autant de monde ! Voici à quoi cela ressemblait :

Source : gazetayakutia.ru

Un peu d’histoire…

Selon Alexandre Danilov, président de l’association « Ohouokhaï » visant à promouvoir la culture yakoute, l’ohouokhaï est la danse traditionnelle et sacrée des Yakoutes depuis des milliers d’années. À l’origine, il s’agit d’une prière destinée à célébrer le soleil, symbole de la vie dans les contrées au rude climat. D’ailleurs, cette danse s’exécute traditionnellement lors de la fête de l’Yssyakh [je vous en parlerai prochainement], le Nouvel An yakoute. Pour célébrer le retour de l’été et de la lumière, les Yakoutes se donnaient la main et tournaient dans le sens du soleil, en répétant la prière entonnée par le chanteur (que l’on appelle en yakoute « осуохай этээччи »). Ainsi, le peuple se réjouissait d’avoir survécu aux neuf longs mois d’hiver.

Toutefois, durant l’ère soviétique, les Yakoutes ont été forcés de bouder leur culture. En effet, le régime communiste interdisait tout « engouement excessif pour le folklore ». La danse « ohouokhaï » est donc pratiquement tombée dans l’oubli. Mais dès les années 90, la culture yakoute a connu un renouveau. Ainsi, la fête de l’Yssyakh pouvait de nouveau être célébrée. La première année, seulement 500 Yakoutes se sont réunis pour célébrer le Nouvel An traditionnel. Heureusement, avec le temps, ce nombre ne cessa d’augmenter. Aujourd’hui, l’Yssyakh rassemble plus de 100 000 Yakoutes.

Qui danse l’ohouokhaï ?

Tout le monde ! Il ne faut pas nécessairement être yakoute ni chaman pour exécuter cette danse. J’ai d’ailleurs été invitée à y prendre part à plusieurs reprises (mais je suis incapable de répéter la prière, par contre !)

Quand danse-t-on l’ohoukhaï ?

Tout le temps ! Même si, à l’origine, elle est traditionnellement dansée lors de la célébration du Nouvel An yakoute, aujourd’hui, cette ronde est considérée comme une gymnastique pour le corps et l’esprit. Ainsi, les petits mouvements secs que l’on fait avec les bras permettent d’avoir une respiration constante et de renouveler son énergie.

Où danse-t-on l’ohouokhaï ?

Vous avez deviné la réponse : partout ! En classe (véridique !), sur la place du village, devant le théâtre, dans un parc… De nombreux Yakoutes aiment se réunir le week-end pour exécuter cette ronde entre deux verres de koumys (lait de jument caillé) ou deux parties d’échecs.

Comment danse-t-on l’ohouokhaï ?

N’importe comment ! Je blague, bien évidemment.

Venons-en au principal ! Après ce flot d’informations, vous mourrez d’envie d’apprendre cette danse et de faire votre malin au prochain mariage, n’est-ce pas ? [Bon, mieux vaut tout de même privilégier un bon vieux sirtaki !]

Cela dépend des régions ! Les Yakoutes du Nord sont beaucoup moins expressifs que les Yakoutes du Sud, et cela se répercute sur le rythme et les pas de la danse. La base reste la même : on fait un cercle, on croise les bras de ses voisins et on leur donne la main. Notre pied droit passe derrière notre pied gauche et on avance vers la gauche. Pour mieux comprendre, visionnons cette vidéo :

Et une version, de l’oulous d’Oust-Aldan, plus au sud de la Yakoutie :

À votre tour !

Саха тыла (Sakha tyla, langue Sakha) : première leçon

Mes professeurs particuliers.

D’excellents professeurs particuliers

Quand je suis arrivée à Kepteni, les enfants m’ont demandé, mis à part la traditionnelle question « А у вас есть семья? Дети? » (A ou vas est’ semia? Diéti?, Vous êtes mariée, vous avez des enfants ?) tout en me touchant les cheveux (« А я никогда не видела светлые волосы! », A ya nikogda ne videla svetlye volosy!, Je n’ai jamais vu de cheveux blonds !) si je parlais yakoute. J’ai répondu par « Суох » (souokh, non). Du coup, ils se sont proposés de me donner quelques cours particuliers !

Ce qui m’impressionne dans le yakoute, c’est la très grande combinaison de sons ! Sans doute l’une des raisons pour laquelle ils prononcent incroyablement bien le français ! Ils ont les sons /u/ (que les Russes n’ont pas par exemple), le son /eu/, des diphtongues, des consonnes supplémentaires (notamment le son /r/ prononcé à la française. À vous d’essayer !

Voyelles

En yakoute, il n’y a pas d’accent. La voyelle est accentuée lorsqu’elle est doublée.

Voici les voyelles yakoutes qui n’existent pas dans la langue russe : ө /eu/ et ү (notre /u/ français).

Ainsi, récapitulons les paires de voyelles que nous pouvons trouver dans la langue yakoute : аа [a:]/, ии [i:], оо [o:], өө [eu:], уу [ou:], үү [u:], ыы /i dur/ et ээ [è:].

Bien insister sur la voyelle doublée car bien souvent, elle permet de distinguer deux mots !

Il existe également 4 diphtongues :

үө /oueu/, ыа /y-a/, уо /ouo/, иэ /iè/

[Comment prononcer ы ? Cliquez sur le lien ! Il s’agir d’un i dur qui doit venir du fond de la gorge. Bonne chance !]

Consonnes

Les consonnes peuvent également être doublées. Dans ce cas, il convient donc d’insister !

Voici les consonnes yakoutes qui n’existent pas dans la langue russe : дь /dy/, ҕ /r/ français, ҥ /ne/, нь /n/ mouillé, һ /h/ aspiré

(Le /r/ français est précisé ici parce que l’autre r est roulé à la russe.)

Point trop n’en faut ! Tentons aujourd’hui de prononcer quelques mots en différenciant bien les sons longs des sons courts :

үүт /uut/ : lait – үт /ut/ : frapper

тиис /tiis/ : dents (de l’anglais teeth évidemment) – тис /tis/ :

сэттэ /sèt-tè/ : le chiffre 7 ! – сэтэ /sètè/ : malice

сүүр /suur/ : âme – сүр /sur/ : courir

аат /aat/ : nom – ат  /at/ : cheval

 

Махтал (Malkhtal) – Merci !

Une vie entre respect des traditions et ultra-modernité

Scène de vie.

Scène de vie à Kepteni.

« Kepteni, c’est un peu une réserve de Yakoutes, comme les Indiens d’Amérique ! »

Une citation de Véra Mikhaïlovna, professeur d’anglais et responsable du Camp « Koustouk » (arc-en-ciel en yakoute), l’endroit où je suis restée durant une semaine.

Et elle avait raison : je suis la seule blonde du village. Quelques heures après mon arrivée, j’entre dans une petite échoppe où la vendeuse me dit : Ah, vous êtes la nouvelle professeur ! Bienvenue ! Un très bon accueil d’emblée ! Les personnes rencontrées dans la rue savent déjà qui je suis et ce que je fais ici. Certains, plus âgés, me regardent d’un air amusé, voire intrigué. Certains m’ont même dit qu’ils s’attendaient à voir quelqu’un de plus âgé. On me le demandera d’ailleurs plus tard : Vous êtes jeune, pourquoi venir ici, en Yakoutie ?!

Le plus drôle se passe dans la rue : toutes les voitures ralentissent à ma hauteur, les conducteurs et passagers me dévisagent, je lance un « Zdravstvouïtié » (bonjour) bien enjoué, tous me répondent, et certains tentent même un… « BONNEJOURRRR ! » Imaginez, vous êtes à 10 000 kilomètres de chez vous, en pleine Sibérie, et quelqu’un vous crie « Bonjour ! » de l’autre côté de la rue ! Avouez que la scène est assez mémorable !

Et des instants de vie comme ceux-ci ponctuent mon voyage à Kepteni. Des rencontres avec des aînés, des plus jeunes, des enfants… Les jeunes rêvent d’Europe ou de Corée du Sud, les plus âgés transmettent leur passion pour la campagne et leur respect pour les choses simples.

Ainsi, j’ai l’occasion de discuter quelques instants avec une dame âgée d’environ 70 ans. Nous regardons la télé en sakha et elle me fait une interprétation simultanée d’une manière remarquable, tout en commentant le propos par un témoignage de son vécu. « Nous, les Sakhas, aimons beaucoup regarder la télé dans notre langue. Il y a peu de temps que j’ai la télé, ça me rapproche de ma culture, ça me permet de ne pas oublier. » Ensuite viennent les habituelles questions « Pourquoi venir ici ? » et « Ca vous plaît, sincèrement ? » Et toujours les mêmes réponses, « une passion » et un « oui », et ce, malgré les conditions de vie dont certains ont honte devant les étrangers. Pourquoi avoir honte ? Pourquoi vouloir un mode de vie à l’européenne en pleine Sibérie ? Cela n’a aucun sens. N’ayez pas honte et continuez à être fiers, et surtout, n’oubliez pas vos racines.

Evidemment, les conditions peuvent sembler spartiates : pas d’eau courante, pas de toilettes au sens que nous l’entendons, mais qu’importe : les Yakoutes ont leur confort bien à eux et je peux vous assurer que l’on s’y sent bien !

Un soir, alors que je suis à l’internat avec les enfants. Une fillette de 10 ans, Macha, lave quelques vêtements à la main, dans une bassine. Vous connaissez beaucoup d’enfants de cet âge-là qui feraient leur lessive eux-mêmes, à la main qui plus est ? Ces enfants sont nés dans la débrouillardise. La simplicité avec laquelle ils vivent me fascine réellement. Un ami m’a dit : « Les pauvres, ils n’ont pas de console de jeux ! » Je pense qu’ils en ont, j’en suis même assez sûre, mais ils se divertissent principalement d’autres manières. D’après ce qu’ils m’ont dit, ils aiment se baigner dans un lac, jouer aux échecs, jouer aux cartes, faire des promenades à vélo, chanter et danser, jouer de la guimbarde, de la guitare ou encore de l’accordéon.

Une tendance curieuse m’a convaincue d’intituler cet article « Une vie entre traditions et ultra-modernité », il s’agit de l’utilisation du smartphone et autres nouvelles technologies. Le téléphone n’a fait son apparition que récemment dans le paysage de Kepteni, il y a environ deux ans. Aujourd’hui, la majorité des habitants que j’ai côtoyés – enfants compris – en possèdent un et l’utilisent à outrance ! Les deux géants des nouvelles technologies se livrent une bataille sans merci, et ce, entre bouleaux et étendues d’eau. Après avoir vu cette publicité pour la compagnie MegaFon à Yakoutsk, je comprends mieux pourquoi :

"Internet partout quand vous en avez besoin, 9 roubles par jour"

« Internet à chaque instant, 9 roubles par jour »

Selon le cours actuel de 42 roubles pour  1€, cela fait 21 cents pour 24 heures de surf. Il y a bien sûr des conditions, mais cela reste bon marché. Selon Katia, la cheftaine du camp, c’est le seul moyen d’avoir Internet à la campagne. Elle paie 300 roubles (7€) par mois pour un accès illimité. Ces tarifs leur permettent d’être connectés H24, de mettre à jour instantanément  leur profil « Vkontakte » (un genre de Facebook russe), de chatter sur Whatsapp, etc. Il est donc curieux d’observer toutes ces personnes faisant glisser leur doigts sur l’écran tactile de leur smartphone dernier cri dans un décor aussi typique que celui-là.

Il en va de même dans le Collège Sakha-belge. Les salles de classe sont équipées de « Smart boards », des tableaux tactiles avec rétroprojecteur. Il est donc possible de projeter une présentation, de diffuser les slides par simple pression sur l’écran et de rajouter des détails lors de la leçon, en écrivant sur le tableau tactile avec un marqueur spécial. Voilà qui est hautement pédagogique et agréable, et pour les élèves, et pour le professeur ! Je n’avais encore jamais vu de tels tableaux interactifs avant mon arrivée ici, mais peut-être que depuis, nos écoles secondaires s’en sont également dotées.

Il s'agit d'une classe ici à Yakoutsk, parce que je n'ai pas pensé à prendre de photo à Kepteni, mais c'est le même tableau interactif.

Il s’agit d’une classe ici à Yakoutsk, parce que je n’ai pas pensé à prendre de photo à Kepteni, mais c’est le même tableau interactif.

Et en parlant de Yakoutsk, dans le hall de l’école où je suis, nous disposons de ceci :

Un point Apple, avec accès à Internet et tout, classe !

Un point Apple, avec accès à Internet et tout !

Je parlerai des traditions yakoutes dans un prochain billet ! Je suis relativement occupée depuis mon arrivée ici, mais je ne vous oublie pas, Bernadette et Michel ! Merci beaucoup pour votre commentaire sur mon article précédent. Ca me fait réellement chaud au coeur ! Je trouverai une heure ce week-end pour vous répondre comme il se doit !

Yakoutie insolite

Depuis le début de mon séjour, j’ai pu apercevoir certains détails qui font sourire. Ce n’est en rien de la moquerie, c’est juste drôle 🙂 Pour le moment, je n’ai eu l’audace (je n’ai pas envie que les gens pensent que je me gausse !) de ne prendre que deux photos, les voici :

  • Ne pas marcher sur les pelouses.
"Ne pas marcher sur la pelouse"

Encore faudrait-il qu’il y en ait !

  • La toilette du voyeur
La perspective est très mauvaise, mais il y a environ 3 ouvertures du genre dans la porte.

La perspective est très mauvaise, mais il y a environ 3 ouvertures du genre dans la porte.

Vous savez que vous êtes à Yakoutsk quand…

  • Les marches d’un escalier ne sont pas toutes de la même taille

J’ai dû trébucher au moins 3 fois en 24 heures ! C’était d’ailleurs très comique. J’arrive avec ma valise au pied de l’escalier, un petit garçon me demande très poliment de m’aider, je refuse très fièrement parce qu’il est petit après tout, et là, … La marche plus haute que les autres fait que la suivante paraît plus basse. Je me suis étalée dans l’escalier avec ma valise au nez de mes futurs élèves ! J’étais morte de rire intérieurement mais j’ai essayé de garder mon sérieux et surtout ma fierté ! Donc prenez garde, ouvrez l’oeil !

  • Les couverts en plastique et les serviettes en papier se vendent à l’unité

Sur un présentoir à cartes de voeux, j’ai aperçu dans un magasin une série de serviettes en papier vendue à la pièce, pour 2 ou 3 roubles (ce qui fait cher le paquet de 50 serviettes tout de même). Pour l’histoire des couverts, j’en ai été témoin à l’arrivée. J’achète un paquet de cuillères en plastique et la vendeuse commence à toutes les compter… Je lui demande pourquoi, elle me dit que c’est à l’unité ! Bon ben j’en ai besoin que de deux ou trois alors, je vais pas dépenser 200 roubles en couverts en plastique !

C’est d’ailleurs la même chose pour les yaourts. J’avais eu la blague à Moscou : une vingtaine de roubles pour 4 yaourts, ça me semblait bon marché, mais il fallait multiplier le prix par quatre ! Donc on peut sans problème n’en prendre qu’un seul si l’on en veut qu’un seul ! Ce qui évite le gaspillage tout de même !

  • On paie en descendant du bus

En Yakoutie, on monte dans le bus par l’arrière et on descend par l’avant, et on paie à la sortie. Voilà qui est fort intelligent : les gens ont tranquillement le temps de chercher leur monnaie (18 roubles, soit 0,42 € selon le cours du jour) pendant le trajet et donner l’argent au conducteur en descendant du bus ! C’est surtout pratique en hiver, pour ne pas refroidir tout le bus avec une file d’attente sur les marches. Il n’y a pas de carte de voyage, il faut payer en argent liquide. Seules les cartes d’abonnement existent.

  • La laitue se vend par feuille

Dans plusieurs magasins, j’ai eu l’occasion de voir des paquets de 4-5 feuilles de salade (qui se vendent au prix fort). Il est évident que peu de Yakoutes cultivent la laitue ! Il en va de même pour tous les légumes et fruits : ceux-ci sont peu abondants et surtout, pas toujours très frais. Ils viennent souvent de Chine et ne sont franchement pas goûteux (j’ai goûté une pomme une fois, INFECTE). D’ailleurs, à ce sujet, il y a quatre jours est paru un article dans la presse locale pour alerter la population de Yakoutsk : les fruits et légumes en provenance de Chine seraient dangereux. Selon un scientifique qui a analysé des concombres, tomates et pomme importées de Chine, ces aliments contiendraient des nitrates en abondance, bien au-delà des limites autorisées. (Article complet, en russe, ici)

Mieux vaut donc consommer local : d’excellentes baies (groseilles, fraises des bois…), concombres et tomates vendues dans la rue par une babouchka de sa propre production…

  • On vous témoigne de l’urbanité

Vous connaissez la Russie et vous trouvez cela normal de ne pas tenir la porte à la personne qui vous suit et de ne même pas adresser un regard au vendeur lorsque vous pénétrez dans une boutique ? Retournez à Moscou ! À Yakoutsk, les gens (Yakoutes et Russes) sont fort urbains : vous leur tenez la porte et ils vous remercient en souriant, les vendeurs vous accueillent chaleureusement et vous proposent leur aide si besoin. Les gens sont beaucoup moins froids que ceux que j’ai eu l’habitude de côtoyer à Moscou. Par exemple, je cherchais un lexique russe-yakoute, et la vendeuse a téléphoné a une de ses amies pour voir si elle l’avait et pour aller voir sur internet si il était toujours édité. Vous connaissez beaucoup de gens qui feraient ça chez nous ?!

  • Les bâtiments se dressent sur pilotis
Le bâtiment où je suis, à environ 50 cm du sol.

Le bâtiment où je suis, à environ 50 cm du sol.

Les hivers étant très rudes et les couches ne neige très épaisses, les constructions se dressent sur pilotis et un escalier permet de surélever la porte d’entrée (histoire de ne pas être bloqué par la neige).

  • Les tuyaux de gaz ne sont pas enfouis dans le sol

Et pour cause : la Yakoutie se trouve en zone de pergélisol (permafrost). Il est donc impossible de creuser pour cacher la tuyauterie dans le sol.

Paysage typique lorsque l’on s’éloigne du centre-ville (Cette photo provient du site de la BBC. Je me suis fait enguirlander par un habitant lorsque j’ai voulu prendre une photo semblable, parce qu’il pensait que j’étais une espionne sans doute !)

  • La campagne se confond à la ville

Lorsque vous vous baladez dans Yakoutsk, vous croisez des maisons en bois datant du XIXe siècle et des bâtiments ultra-modernes, des coins verts et paisibles se reflètent à une chaussée bondée et bruyante, le bitume rencontre la terre. On ne s’ennuie pas en se promenant dans Yakoutsk !

Yakoutsk se donne des airs de campagne

Yakoutsk se donne des airs de campagne

To be continued…